Albane Dubois

Découvrez le parcours de l’équipière en 49er FX, un dériveur double olympique, responsable RSE et chargée du pilotage des interventions en milieu scolaire pour SNCF SA dans la région Sud.

« Je n’aimais pas trop la mer »

Malgré quelques tours de piste effectués sur le mythique vélodrome d'arrivée du Paris-Roubaix, en marge d’une manifestation consacrée à la recherche sur les maladies de l’appareil digestif, ça n’est pas sur les pavés de « l’enfer du Nord » qu’Albane Dubois a choisi de briller, mais sur les eaux de la côte d’Opale. Née le 1er avril 1992 à Roubaix, elle découvre la voile à Bray-Dunes. « Je n’aimais pas trop la mer, mais j’avais beaucoup d’otites et l’air du littoral me faisait du bien. Mes parents ont décidé d’acheter un appartement sur la côte », confie Albane Dubois.

Les parents inscrivent Albane, 12 ans, et son frère de 14 ans au club de voile de Bray-Dunes. « Au début, se souvient-elle, je n’étais pas vraiment motivée. Et puis, très vite, mon côté compétitrice a pris le dessus et c’est moi qui poussais mon frère pour sortir en mer ! ». À bord du petit catamaran, les rôles sont clairement établis : le frère barre, Albane est équipière. Le duo fonctionne et, d’un simple loisir de vacances, la voile devient une passion, chaque week-end, à partir de la fin de l’adolescence.

« Des régates saucisson » au projet olympique

Aide monitrice dès ses 16 ans, puis monitrice au Yacht Club de Bray-Dunes (YCBD), Albane passe tout son temps libre sur l’eau et à bord de toutes les embarcations possibles et imaginables. Le rituel de fin de saison est immuable : les 6 heures de Bray-Dunes, « une régate où on te propose des apéros saucisson, mais nous on était compétiteurs et prenions ça vachement au sérieux ! », sourit-elle. En 2014, dans le cadre de son mémoire de fin d’études de kinésithérapie, Albane rencontre Bertrand Guillo, kiné de la Fédération française de voile. Il lui propose de l’accompagner sur des stages organisés pour les jeunes de la fédération à Quiberon. Fonceuse, Albane, diplômée la veille, accepte.

L’assistante kiné a du mal à rester en place et profite des régates pour naviguer avec les jeunes compétiteurs. Intrépide et talentueuse, elle impressionne et est repérée. « On m’a dit, “t’es grande, t’as peur de rien : tu ne veux pas tester le 49er ?” Sans connaître le bateau, j’ai dit oui. Je ne savais pas dans quoi je m’embarquais », rit-elle. Ces dériveurs légers à deux équipiers, d’un peu moins de 5 mètres de long, peuvent atteindre plus de 20 nœuds (37 km/h) et sont utilisés lors des épreuves de voile olympiques. En août 2014, la voilà qui fait ses premiers essais comme équipière en 49er FX au Pôle France de Voile de Marseille. Acceptée, Albane y emménage un mois plus tard et se lance dans un projet : la préparation des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, à 22 ans, sans jamais avoir réellement régaté.

Coup d’arrêt et nouveau binôme

Mais, après un an et trois mois de préparation, son projet olympique connaît un coup d’arrêt. La barreuse qui l’accompagne fait le choix de ne pas continuer. Loin de s’abattre, Albane s’adapte. Elle devient kiné pour la Fédération française de Voile en 2016 et fait également la connaissance d’une barreuse de 49er FX avec la même détermination qu’elle : Lili Sebesi. « C’était une fille déjà expérimentée, explique Albane, pour moi c’était une opportunité de progresser ». Le binôme travaille d’arrache-pied avec les coachs techniques de l’équipe de France et ne tarde pas à briller sur le circuit mondial. Lors de la saison 2017, elles décrochent notamment un podium sur l’épreuve de Coupe du monde de Santander, en Espagne.

Championnes de France en 2018, puis 4e aux Championnats du monde organisés en Australie en 2020, les deux femmes parviennent à se qualifier pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Des Jeux décalés d’un an en raison de la pandémie de Covid-19 et qui laissent un goût amer à Albane Dubois : « On finit 9e et on est aussi bien frustrées par le résultat que par l’ambiance liée à l’absence de public ».

Un renouveau entre course au large et équipage féminin

Le retour de Tokyo est synonyme de fin de cycle. Le binôme se sépare. « J’étais aussi arrivée au bout d’un truc et avais envie de renouveau », détaille Albane. En quête de nouveaux projets, le rêve olympique est mis sur pause. Albane s’essaye au dériveur 470 et au catamaran dans la catégorie Nacra 17. Elle intègre finalement l’équipage d’un grand monocoque pour participer au circuit IRC qui regroupe des passionnés de régates au large et de course-croisière. L’occasion pour la skippeuse de passer ses premières nuits en mer.

Jamais à court d’idées, Albane entame un Diplôme d'État de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et du Sport (DEJEPS) pour pouvoir coacher et monte un projet d’équipage 100% féminin en vue du Tour de France à la voile. Baptisée Mars’Elles Sailing Team, l’équipe est composée de 8 femmes, dont 4 navigatrices à bord des bateaux du Tour de France : les Figaro 3. Albane participe ainsi aux Tours de France 2023 et 2024, avec pas moins de 700 miles nautiques (1296 km) à parcourir, à chaque édition, répartis sur 20 manches entre parcours côtier et course au large.

Le déclic de Paris 2024 et une arrivée à la SNCF

Les Jeux de Paris 2024, Albane va les voir depuis la marina de Marseille mais pas sur l’eau : « Je bossais pour une petite boîte marseillaise, comme responsable de la gestion des déchets sur le site olympique et de la mise en place de leur tri sur la marina ». « Là, je me suis dit : “c’est pas possible d’avoir la tête dans les poubelles pendant que les autres s’amusent sur l’eau !” », ironise-t-elle. Les Jeux terminés, Albane prend la décision de repartir sur un projet olympique en 49er. Elle profite d’un stage post-JO organisé par la Fédération française de voile pour s’entraîner avec une potentielle barreuse en provenance de l’univers du kitesurf : Chloé Revil. Après un mois d’essai, « pour voir si ça matche », les deux femmes prennent la décision de s’associer en vue des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028.

Ce nouveau projet sportif s’accompagne d’une opportunité professionnelle. Un manager de l’équipe de France de voile apprend à Albane que la SNCF va recruter un sportif issu du monde de la voile. « Je connaissais le Dispositif Athlètes SNCF depuis quelques années déjà. J’ai postulé. » En mai 2025, Albane signe sa convention d’insertion professionnelle et intègre le groupe SNCF comme Responsable RSE et chargée du pilotage des interventions en milieu scolaire pour le compte de SNCF SA dans la région Sud.

« Je ne suis plus seulement une “voileuse” »

Sa principale mission à la SNCF ? Animer et dynamiser le réseau de volontaires du groupe SNCF qui assurent les interventions en milieu scolaire pour sensibiliser les plus jeunes aux risques ferroviaires dans la région. « Je ne suis plus seulement “voileuse”, ça me permet de switcher, de découvrir un autre milieu, une grande entreprise et de gagner aussi en sérénité. Tout ne repose plus sur la réussite de mon projet sportif », explique Albane.

Côté sportif, justement, les échéances ne manquent pas pour Albane et la barreuse Chloé Revil. Le duo a dans le viseur les Championnats du monde de 49er FX qui se tiennent à Quiberon, en Bretagne, du 11 au 17 mai 2026, avant d’aller chercher une médaille aux Jeux Olympiques de Los Angeles 2028. « Participer aux Jeux, je connais déjà, maintenant, je veux la médaille ! », conclut Albane en souriant.

Son palmarès