Valentin Fourcadier
Découvrez le parcours du para snowboarder, assistant chargé de projet opérationnel et correspondant environnement à l’Infrapôle Alpes depuis février 2026.
Sa carrière

L’Altoséquanais des montagnes
À le voir carver entre les portes et les virages relevés des pistes de banked slalom, ou batailler en boardercross, on pourrait croire que c’est un enfant du snowboard. Un de ces gosses biberonnés à la poudreuse des stations avant même de savoir marcher. Valentin Fourcadier n’a pourtant rien d’un montagnard. C’est dans les Hauts-de-Seine, et pas en haut des télésièges, à Rueil-Malmaison, que le para snowboarder est né et a grandi. À le regarder une nouvelle fois évoluer avec tant d’aisance sur sa planche, on hésite à lui demander en quoi il est « para ». « Je suis né avec une agénésie fibulaire », répond l’athlète de 26 ans. « En gros, poursuit-il, ma jambe gauche est raccourcie et mon pied malformé. L’os derrière le tibia, nommé fibula, ne s’est pas formé pendant mon développement. » Il porte donc une prothèse pour marcher et pratiquer son sport en catégorie Lower Limb 2 (LL2) : elle rassemble les para snowboarders présentant un handicap au-dessous du genou. « Mais mes parents m’ont toujours fait me sentir comme un valide », tempère-t-il.
« Imaginer les objets qui font le quotidien »
Il faut dire que chez Valentin Fourcadier, tout est affaire d’envie et de vision. La première : s’épanouir dans le sport de compétition et se frotter aux valides sur les terrains de handball et, l’hiver venu, rider en prothèse lors des séjours familiaux aux sports d’hiver. Une grinta en partie héritée d’un père mordu de sport. La seconde : « imaginer et concevoir les objets qui font le quotidien des gens ». Elle germe grâce à sa mère, qui l’emmène découvrir les hauts lieux parisiens de la culture et des arts, à seulement quelques stations de RER du domicile familial. Aux confins de l’enfance et de l’adolescence, des affiches d’objets signés Starck, exposées dans son collège, finissent de le convertir : il sera designer.
Sélectionné par ailleurs pour intégrer l’équipe départementale des Hauts-de-Seine de handball, il performe au milieu de coéquipiers valides malgré son agénésie fibulaire et touche son rêve du bout des doigts : accéder au haut niveau. Un entraîneur en décide autrement en l’écartant finalement de l’équipe.
Culot et débrouillardise
Valentin Fourcadier vit cette déception « comme une injustice » et la surmonte « grâce à un mental qui ne fait que renforcer (sa) combativité ». Il met alors son esprit de compétiteur au service d’un autre milieu très concurrentiel : les études supérieures en design industriel. Diplôme national des métiers d’arts et du design et alors en Master 2 innovation et conception industrielle aux Arts et Métiers, il envisage de se diriger vers le handisport et de prendre sa revanche sur le sport de haut niveau en regardant les Jeux paralympiques d’hiver de Pékin 2022.
Au culot, Valentin Fourcadier envoie des vidéos de ses performances en snowboard à la Fédération française handisport, en octobre 2023. « L’entraîneur de l’équipe de France de para snowboard, Yannis Dole, y voit du potentiel et m’invite à participer à des stages d’entraînement avec l’équipe », se souvient-il. S’ensuit une première saison 2024 entre débrouillardise et succès. En dernière année de master, Valentin Fourcadier jongle entre cours, vie parisienne et entraînements dans les Alpes le week-end. Pourtant, les résultats positifs s’enchaînent : une 5e place sur une épreuve de coupe d’Europe de banked slalom et une 3e place aux Championnats de France.
Mon premier sponsor, c’était mes parents
La précarité financière le rattrape à l’aube de sa deuxième saison : « Je finançais mes déplacements avec l’argent gagné durant mes stages d’études, mais mon premier sponsor, c’était mes parents », confie-t-il. Une aide familiale plus que bienvenue alors que le coût d’une saison complète oscille entre 20 000 et 40 000 euros. Valentin Fourcadier ne dispose pas de sponsor et effectue la saison 2024-2025 sur sa prothèse de marche, vieillissante et inadaptée à la pratique de son sport.
Là encore, son talent prend le dessus sur les circonstances. Il engrange les médailles en coupe d’Europe, porte la tenue de l’équipe de France pour la première fois et achève la saison à la 3e place du classement général de la coupe d’Europe. Des résultats qui lui permettent de bénéficier de l’aide de la Fédération française handisport. « C’était suffisant pour survivre, détaille-t-il, mais j’ai dû retourner vivre chez mes parents et je ne pouvais pas m’émanciper financièrement. »
Le designer d’objets au service du sportif
La pratique du para snowboard avec sa prothèse de marche devient aussi une entrave à la progression de Valentin Fourcadier, à mesure qu’il grimpe dans les classements continentaux. « La lame, en carbone ou en fibre de verre, cassait. J’ai demandé à mon prothésiste de changer la position de la fixation, mais ça restait du bricolage », témoigne l’athlète. Il décide alors de mettre son talent de designer au service de la performance. Repéré par un célèbre équipementier, il collabore à l’élaboration d’une prothèse adaptée à la morphologie de son pied. « Je leur ai montré des modélisations 3D de ce que j’imaginais, ils ont été séduits par l’idée. Rigidité de la lame, mousse, réglages… On a construit trois prototypes. »
Des avancées que l’équipementier et Valentin Fourcadier veulent mettre à disposition des sportifs amputés : « Tout ce qu’on apprend avec mon pied, on le transpose pour le grand public afin que ce type de prothèses, très onéreuses actuellement, voie sensiblement diminuer son coût et bénéficie au plus grand nombre. »
Mieux équipé et en progression constante, Valentin Fourcadier boucle la saison 2025-2026 à la deuxième place du classement général de la coupe d’Europe. Un rang qui lui ouvre désormais les portes de la coupe du monde et lui laisse espérer une possible sélection pour les Jeux paralympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026.
« La SNCF a vraiment cherché à m’intégrer de manière utile »
Le natif des Hauts-de-Seine ne cache pas ses ambitions : « À long terme, je vise l’obtention de médailles aux Championnats du monde, sur les épreuves de coupe du monde et surtout aux Jeux paralympiques d’hiver des Alpes françaises 2030. » Son arrivée au sein du Dispositif Athlètes SNCF, en février 2026, comme assistant chargé de projet opérationnel et correspondant environnement à l’Infrapôle Alpes de Chambéry, est le premier jalon de ce projet.
« C’est plus qu’un job. J’ai été étonné qu’on s’intéresse à moi aussi vite dans l’entreprise. Adaptation de mon poste à mon calendrier sportif, valorisation de mes sept ans d’études de design et de gestion de projet… On a vraiment cherché à m’intégrer de manière utile », s’enthousiasme-t-il. « Rejoindre une telle entreprise, c’est un réel plaisir, poursuit-il. Ça me ramène à mes études, quand je dessinais des concepts de trains de nuit. Le train, dans ma vie de sportif, c’est 90 % de mes déplacements, ça a vraiment du sens pour moi. »
« Et puis, conclut le néo-Savoyard, savoir qu’une partie des projets conduits au travail vont sans doute aider au bon déroulement des Jeux paralympiques d’hiver 2030, où je serai peut-être en lice, c’est grisant ! »
Son palmarès

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