Ilionis Guillaume

Découvrez le parcours de la triple sauteuse, finaliste aux Jeux de Paris 2024, médaillée de bronze aux championnats d’Europe et Assistant manager service sur la ligne RER D.

Sa carrière

L’histoire d’une fillette pleine d’énergie venue d’Haïti

Un saut à cloche-pied, deux foulées bondissantes et un vol vers le bac à sable. Le triple saut ressemble un peu à un jeu d’enfant, à ceci près que, parfois, plus de 14 mètres séparent le premier saut de l’atterrissage. Cet art du rebond, Ilionis Guillaume le cultive sur le tartan des pistes d’élan mais aussi dans la vie. De sa naissance à Croix-des-Bouquets, en Haïti, le 13 janvier 1998, en passant par son arrivée en France à l’âge de 5 ans, jusqu’à la lassitude du très haut niveau et un retour fracassant sur les sautoirs peu avant les Jeux de Paris 2024, l’histoire d’Ilionis, c’est d’abord celle d’une petite fille pleine d’énergie : « J’étais hyperactive, on m’a mise partout, dans tous les sports ! ». Installée avec sa famille adoptive à Fabrègues, aux confins de Montpellier, l’emploi du temps de l’écolière de 7 ans est ainsi rythmé par la natation, l’équitation, la danse ou encore le tennis. Dirigée vers le club d’athlétisme local par un enseignant ayant perçu son potentiel, Ilionis découvre la discipline par les épreuves combinées. « J’ai kiffé de ouf !, sourit-elle, je prenais du plaisir et en plus j’étais forte. »

Un talent brut sur les épreuves combinées

Pentathlon, en salle, l’hiver, heptathlon l’été : Ilionis poursuit sa progression au collège. Ses performances, notamment sur le saut en longueur et le 60 m haies, lui font intégrer le Creps de Montpellier. Son talent est révélé au grand jour, en 2015, aux championnats de France en salle cadets, à Nantes. Ilionis y rafle quatre titres dans les quatres épreuves où elle est engagée : le saut en hauteur, le saut en longueur, le triple saut et le 60 m haies. « Je bats même le record de France sur le triple et les haies », se souvient-elle. Quelques semaines plus tard, elle enchaîne à Cali, en Colombie, lors des championnats du monde cadets où elle manque « pour 2 cm et 2 centièmes », le podium en triple saut et 100 m haies.

Une spécialisation sur le triple saut

Remarquée en raison de sa polyvalence et de ses performances, Ilionis quitte l’Hérault pour rejoindre la région PACA et le Creps de Boulouris, où l’ancien champion du monde et recordman du monde du triple saut, Teddy Tamgho, et l’ex-sprinteuse Laurence Bily s’occupent de son entraînement. « Là-bas, j’ai vraiment découvert ce qu’est le très haut niveau », confesse-t-elle. Là, Ilionis doit choisir : « Me focaliser uniquement sur le triple saut où je peux performer fort ou continuer mon épreuve de cœur, le 100 m haies, avec moins de chance d’arriver au sommet ». Une 3e place acquise aux championnats d’Europe juniors de Grosseto, en 2018, et un titre de championne de France en salle, à Liévin, avec un bond à plus de 14 mètres, l’aident à trancher face au dilemme : « Teddy me dit que je dois exclusivement me focaliser sur le triple ».

Quête d’origines et « mauvaise expérience »

Un baccalauréat STMG en poche, Ilionis Guillaume part pour le Creps de Reims où elle suit son entraîneur de l’époque. Elle poursuit ses études et décroche un BTS négociation et relation clients (NRC). La période rémoise est aussi celle des doutes pour la triple sauteuse. Après « une mauvaise expérience », elle choisit de retourner auprès des siens à Montpellier à la fin de l’année 2018. Si elle continue de s’entraîner avec l’aide de ses anciens coachs du Creps héraultais, Ilionis abandonne le très haut niveau durant près de 4 ans. « J’ai enchaîné les boulots de vendeuse ou de nounous, je m’entraînais mais sans objectif », confesse-t-elle. Parallèlement, Ilionis renoue avec sa famille biologique en Haïti et aspire à aller vivre aux États-Unis pour se rapprocher de son île natale. De passage à Paris fin 2022 pour faire son visa et partir outre-Atlantique, un ami athlète et coach, Louis-Grégory Occin, la convainc de profiter de ces quelques jours dans la capitale pour s’entraîner avec lui. Elle rechausse les pointes sur la piste d’échauffement des futurs Jeux Olympiques de Paris 2024, tout à côté du Stade de France à Saint-Denis. « On commence à s’entraîner et là, je me dis : “ok, j’ai encore des choses à faire dans l’athlétisme” », sourit-elle.

Un come-back et une « année de fou »

Après une année de « remise en route physique et mentale », Ilionis signe un retour fracassant avec les titres de championne de France en salle et vice-championne de France en plein air, en 2024. Le comeback se poursuit lors des championnats d’Europe de Rome, au mois de juin. Ilionis décroche le bronze avec un saut à 14m43. Sur sa lancée, au meeting de Guadalajara, elle porte son record à 14m59 et assure les minima olympiques. Sur le sautoir du Stade de France, à deux pas de celui qui l’avait vue reprendre l’entraînement deux ans plus tôt, Ilionis se hisse en finale du concours du triple saut des Jeux de Paris 2024. « Une année de fou ! », réagit Ilionis Guillaume, qui « galérait à franchir 13 mètres à peine quelques mois avant ». Un exploit quand on sait que l’athlète, alors sortie du circuit fédéral, compose entre entraînements intensifs et travail d’assistante éducative dans des collèges de Bobigny et Aubervilliers, afin de financer ses stages et déplacements.

Une stabilité retrouvée et des ambitions

Cette organisation « freestyle » et « avec les moyens du bord » atteint ses limites dans une année post-olympique plus compliquée à gérer « émotionnellement » alors que « le bruit » autour des Jeux de Paris 2024 s’est arrêté et que de nouveaux objectifs sont à définir. La Fédération française d’athlétisme lui parle alors d’une convention d’insertion professionnelle au sein de la SNCF, dans le cadre du Dispositif Athlètes du Groupe. « La possibilité d’avoir un emploi du temps adapté, de concilier travail et carrière sportive, puis, plus prosaïquement, avoir un salaire à la fin du mois, ça a changé mon quotidien », confie Ilionis. Et celle qui a rejoint le groupe SNCF comme Assistant Manager service sur la ligne RER D en juin 2025 de poursuivre : « j’ai pu mettre en place davantage d’aide et d’accompagnement dans mon équipe. C’est important car, in fine, ce sont ce genre de détails qui peuvent faire la différence au très haut niveau ». Une nouvel équilibre qui, elle l’espère, devrait la mener jusqu’aux Jeux Olympiques de Los Angeles 2028, où la triple sauteuse aux vies multiples aura à coeur d’exprimer son plein potentiel, comme point d’orgue d’une passion née, à 7 ans, sur le sautoir de Fabrègues.

Son palmarès