« Combiné au maritime, le ferroviaire nous offre de belles perspectives »

Grâce à sa nouvelle plateforme multimodale, inaugurée fin 2025 et exploitée par Rail Logistics Europe à travers sa société VIIA, le port de Sète – Sud de France est le premier port méditerranéen équipé du système Modalohr à chargement horizontal. Ces investissements de long terme traduisent les fortes ambitions du site héraultais, propriété de la Région Occitanie. Échange avec son directeur général, Olivier Carmes.

Comment le ferroviaire dope-t-il votre activité ?

Les autoroutes ferroviaires sont une des clés de la compétitivité du rail. L’agrandissement de notre plateforme multimodale, capable de charger trois trains simultanément contre un seul auparavant, participe à leur efficacité. L’installation de la technologie Modalohr, notamment, qui permet de charger tous types de remorques à l'horizontal sur des wagons pivotants, a déjà permis de doubler les fréquences sur l’autoroute ferroviaire Sète-Calais. D’ici cinq ans, nous souhaitons atteindre la pleine capacité de la plateforme, soit 60 000 remorques par an.

Combiné efficacement au mode maritime, le ferroviaire ouvre de nombreuses perspectives de développement, telles que du transport porte-à-porte mer/rail. La compagnie danoise DFDS Seaways a fait ce choix pour ses liaisons depuis la Turquie jusqu’à la région parisienne. L’arrivée de cette entreprise sur notre port a créé 300 emplois directs entre 2015 et 2025.

Combiné au ferroviaire, le fluvial a-t-il, lui aussi, des atouts à faire valoir ?

Ces deux modes massifiés sont complémentaires : le fluvial pour le vrac avec une vrai réactivité, le ferroviaire essentiellement pour les remorques et les conteneurs pour des besoins programmés. Le cimentier Cem’In’Eu en est le parfait exemple : il importe son clinker1 à Sète en provenance de pays méditerranéens, puis alimente ses cimenteries, avec des trains chaque nuit, programmés de longue date vers Tonneins et Portes-lès-Valence. Selon les arrivages, le fluvial complète ce dispositif. Cette chaîne logistique vertueuse permet de faire du porte-à-porte sans toucher la route. D’ici 2030, nous souhaitons que 20 % de nos trafics soient pris en charge par le rail et le fluvial plutôt que par la route, soit le double de ce que nous faisons actuellement.

Cela demande des investissements de long terme…

Quand nous signons ce genre de contrat avec un opérateur comme VIIA, nous partons généralement pour 25 ans, ce qui ne va pas sans une certaine prise de risques. Il s’agit maintenant d’être fiables dans la durée avec une visibilité suffisante en matière de sillons ferroviaires. Nous savons bien que le réseau a besoin d’être entretenu et que des arbitrages entre travaux et circulations s’imposent, mais nous ne pouvons pas nous permettre des ruptures de trois ou six mois dans les trafics. Les opérateurs changeraient leurs habitudes et nous aurions beaucoup de mal à retrouver leur confiance pour les faire revenir vers le ferroviaire.

Pour réaliser ces investissements, nous avons bénéficié d’importantes subventions, régionale, étatique et européenne. 650 millions d'euros ont été investis sur le port dans les quais, l’outillage, l’outil industriel des opérateurs... Et 20 millions l’ont été spécifiquement pour le développement de notre plateforme multimodale.